Corps coupable

VENDREDI 16 AVRIL | à partir de 18h45
EN LIGNE JUSQU’AU 21 AVRIL | CONSEILLÉ À PARTIR DE 10 ANS | 2 minutes

Stop motion Corps coupables

Réalisation : Célia de Laleu
Université Paul Valéry Montpellier 3

Stop motion | Poétique

Réalisation/ conception : Célia de Laleu
Assistance technique : Vincent D’Hérouville

RÉSUMÉ

Victime de la grossophobie, l’obèse est confronté à l’impossibilité d’habiter son image. Une statuette dont la dimension brouille les frontières entre animé et inanimé est martyrisée par une fourchette, personnage à part entière symbole de la manière dont on se nourrit.

Le stop motion « Corps coupable » est né de ma réflexion sur la représentation du corps pour raconter le sentiment d’identité niée. Être gros c’est être déconsidéré. Du fait de sa déviance à la norme sociale, l’obèse est réduit à son stigmate. Une voix off dit les maux, explicite la dévalorisation. Le dispositif fictionnel par la succession de boucles visuelles et sonores scande la vie infernale des régimes qui ne changent rien, des injonctions à la conformité. Le négatif rend la perception du corps différente de celle de la réalité, à l’opposé de l’hyperréalisme qui engendre le dégoût. L’image esthétique invite à regarder autrement, à la bienveillance. Mon intention est d’interpeller les femmes sur leur rapport au corps et la manière dont elles se nourrissent. Le sadisme de la fourchette met le doigt sur l’ambiguïté de la relation de la femme à son corps. Par ces images je cherche à bousculer les représentations sociales.

DESCRIPTION DE LA TECHNIQUE

La technique est celle du stop motion. Des images prises en rafales par un appareil photos sont montées avec le logiciel iMovie, ce qui donne un caractère saccadé et non fluide. Le filtre rayon X a été appliqué à l’ensemble des images pour sortir du réalisme et créer un irréel poétique. Ma propre voix a été enregistrée avec le logiciel Audacity.

NOTE D’INTENTION

Ma recherche en arts plastiques se construit sur la question du corps et de l’identité niée. Juste avant le premier confinement la Une de Télérama (n°3656, 8 au 14 février 2020) sur la grossophobie a scellé ma décision de travailler sur un corps en crise, une identité stigmatisée, la femme obèse. Mais comment dénoncer sans ajouter à la stigmatisation ? Quelles images créées pour ne pas faire violence et ajouter à la blessure de celles qui la reçoivent tout en interrogeant leur image ? J’ai commencé par sculpter des femmes obèses en m’inspirant du travail de Yossi Loloi Full beauty, qui dans ses photographies noir et blanc subliment les femmes obèses en convoquant l’imaginaire et les codes du Nu (postures, mise en scène) afin de dénoncer l’idéal de minceur de la société du paraître. Comme lui je ne veux pas dénoncer le hors norme en mettant en avant son caractère « monstrueux » comme le font puissamment John Isaac ou Jenny Saville. Mais mes sculptures n’évoquaient ni la souffrance ni l’ostracisme subis. Pour aller plus loin j’ai décidé de réaliser un stop motion (animation en volume) à partir de mes sculptures, qui permet de jouer avec des objets inanimés et de les rendre « vivants ».

C’est à travers une narration poétique que je veux dénoncer non seulement la souffrance, la stigmatisation, le rôle de la malbouffe, mais aussi notre part de responsabilité dans la culpabilisation de la femme obèse à travers le regard que nous portons sur leur corps et notre propre corps. Mon intention est d’interpeller les femmes, et par contiguïté les hommes, sur leur rapport au corps et la manière dont elles se nourrissent. La relation sadique de la fourchette au corps, qui tour à tour caresse et fait mal, met le doigt sur l’ambigüité de la relation de la femme à son corps, qu’elle fait souffrir pour répondre aux diktats de la minceur. « L’obsession de la minceur trahit une condamnation persistante du féminin, un sentiment de culpabilité obscur et ravageur. »