L’encadreur

VENDREDI 16 AVRIL | à partir de 18h45
EN LIGNE JUSQU’AU 21 AVRIL | TOUT PUBLIC | 10 minutes 13

Documentaire métier d'encadreur

Réalisation : Victor Laurent, Loïc Herbaut et Nima Ghashghaei
Université Bordeaux Montaigne

Film | Documentaire

Cadreur : Victor Laurent
Ingénieur son : Nima Ghashghaei
Intervieweur : Loïc Herbaut
Avec : Christophe Otero

RÉSUMÉ

Ce documentaire réalisé dans le cadre d’un cours au sein d’un master en réalisation documentaire, s’intéresse au métier d’encadreur en suivant les travaux de monsieur Christophe Otero au sein de son atelier, en plein cœur de la ville de Bordeaux. 

Dans le cœur historique du quartier de l’hôtel de ville de Bordeaux, isolé dans la rue Poquelin Molière, un petit atelier subsiste en contraste et à l’ombre de la rue Sainte Catherine… Christophe Otero nous fait découvrir son univers. Son monde, c’est le bois, la sciure et les cadres. Il est parmi les derniers à exercer sur Bordeaux, aime à se penser comme le dernier des Mohicans et chez lui, on n’entre pas par hasard… Plein cadre sur son travail.

Monsieur Otero nous offre alors la possibilité de rentrer au cœur de son atelier durant une journée, pour présenter son métier qui disparaît peu à peu. A travers son rapport à l’art, il nous parle de sa passion, de ses envies, de sa famille et par conséquent, de lui-même. En commençant par l’encadrement d’une œuvre, monsieur Otero va nous proposer de s’immerger par la force des choses dans l’une des œuvres picturales de son propre père. Dépassant le cadre de son propre métier, pour nous parler de son père, il va nous amener par cette filiation à appréhender la façon dont l’encadrement est arrivé jusqu’à lui.

HISTORIQUE DU PROJET

Cette création collaborative est née d’un exercice de tournage au sein du master documentaires et archives de Bordeaux Montaigne. Nous avions comme consigne de nous intéresser à un artisan dans la ville de Bordeaux et d’en faire un portrait. Monsieur Otero est arrivé tout de suite dans mon esprit, je ne le connaissais pas directement, mais j’étais déjà passé un nombre incalculable de fois devant son atelier d’encadrement, qui est assez atypique.

En 3 ans, je n’avais jamais eu l’occasion de rentrer dans son atelier, ne sachant pas vraiment comment aborder la discussion. Il faut dire que l’on ne rentre pas dans un atelier comme celui-ci comme on entre dans une Fnac. Alors quand l’opportunité de faire un projet sur un artisan s’est présentée, j’ai tout de suite foncé sur cette idée, avec une intuition toute particulière.

La participation de Monsieur Otero n’était pas gagnée, ayant refusé dès le début. Mais à force de discussions et de persévérance, nous avons réussi à le rassurer et à faire en sorte qu’il puisse accepter. Finalement, Monsieur Otero en acceptant, a fait plus que nous livrer sa passion pour son travail, en nous livrant une histoire personnelle et familiale à travers le tableau de son père et son amour pour la peinture.

Bien entendu, nous remercions particulièrement monsieur Otero pour son accueil, son investissement et le temps qu’il nous a accordé. Plus qu’un documentaire, l’occasion de ce film nous a permis de réaliser une véritable rencontre et de créer un lien particulier. Nous sommes heureux d’avoir pu produire quelque chose de qualité à la fois pour nous, mais c’est avant tout pour monsieur Otero que nous sommes particulièrement fier, car c’est par son retour bienveillant et ses remerciements sincère que nous pouvons nous féliciter du travail que nous avons fourni.

NOTE D’INTENTION

En quête d’un artisan avec lequel collaborer, Victor repère, se perd et ose le quartier Cheverus, adjacent de la rue Ste Catherine entre le cours Victor Hugo et la place de Comédie. À quelques pas seulement de l’écrasante rue Ste Catherine se trouve la rue Poquelin Molière. Privée de soleil quand il s’y emploie, Victor remarque la devanture d’un atelier duquel se dégage une lumière chaude, jaune-orange et dont l’enveloppe se répand sur l’extérieur, aidée par l’éventail de cadres qui la réfléchissent. Les angles de cadres qui jonchent, non sans rigueur mathématique, le mur perpendiculaire de la façade de l’atelier Otero offrent à l’oeil attentif un spectacle d’une méticuleuse sobriété. Victor interpellé note l’adresse et puis s’en va.

L’atelier donne à voir, en plus du plan de travail, des peintures du siècle dernier soigneusement disposées sur chevalets, ça et là quelques indications commerciales indiquant les disponibilités de l’artisan et ou ses tarifs préférentiels.

Le mardi 22 septembre 2019, désireux de provoquer la rencontre, nous venons nous présenter à Mr Otero. Notre arrivée sur les lieux pour les motifs qu’on connait prend l’air d’une intrusion dans l’intimité apparente de son atelier.

Nous nous présentons et l’interrompons, lui qui était penché, concentré sur son plan de travail. Nous attaquons la discussion par l’exposé de notre projet et notamment les raisons qui nous agissent. Allant du pénible et formel des motifs exposés, en venant au cordial de son presque-refus et passée la gêne d’un silence timide, nous en venons à parler de sa profession, de la façon dont il l’exerce et de soi-même, le naturel éclipse l’embarras: il nous parle de son atelier, de sa longévité dans le quartier, de sa malheureuse expérience avec une étudiante en école de journalisme qui, peu soucieuse du rendu esthétique de son enquête avait exposé sur le site de l’Université des photos de son atelier dont elle disait qu’elle les garderait pour elle. Dû à cela, il exprime a priori un refus d’être filmé mais manifeste cependant un intérêt curieux, empreint de considération pour l’organisation et l’aspect pratique d’un potentiel tournage dans son atelier : « Et c’est pour quand votre tournage là ? »… « C’est une école de quoi que vous faites déjà ? »…

Cela augure pour nous le moment opportun de faire part de notre commune considération pour l’esthétique dans l’achèvement de notre travail, de notre éthique et souci de le respecter dans l’exercice du sien. Nous convenons mutuellement qu’il n’est pas utile que nous prenions sa carte professionnelle nous disant qu’il vaut mieux revenir en personne. Nous partons donc sans accord de sa part.

Au sortir de ce premier entretien, nous savons de l’homme qu’il est assez bourru, réservé mais sûr dans ses mots, franc dans son parler. Il aime à se présenter comme un artisan solitaire, nous apparait être bien connu des habitants du quartier qui le saluent lorsqu’ils passent devant la boutique, nous semble être un acteur intégré de la vie de son quartier. Nous savons qu’il entrepose dans une pièce (qu’il ne souhaite pas nous montrer) des tableaux d’artistes, qu’il ne travaille que sur commande, qu’il travaille d’abord le bois à l’arrière de son atelier avant de le retravailler plus tard sur le plan de travail étendu dans le fond gauche de la pièce principale, observable depuis la rue. Nous savons qu’outre le formel de travailler sur commande et de méticuleusement répondre aux attentes de sa clientèle, il nourrit un rapport personnel et esthétique à l’encadrement des œuvres sur lesquelles il se penche : rapport de précision opéré sur l’envers du cadre et invisible à l’œil de son client, comme un secret silencieux, scellé entre lui et l’œuvre. Nous savons qu’il est issu d’une famille d’artiste…

Nous retournons dans l’atelier de Mr Otero dans l’après-midi du mardi 29 septembre 2019 pour réitérer notre proposition et nous l’espérons, récolter le fruit de sa réflexion. C’est probant puisqu’il accepte. Se pose alors de manière affirmative la question du traitement artistique, informelle et jusqu’alors hypothétique.